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L’autoprod ou le rap revenu à l’une de ses bases.
No comments yetPosted in Ziquenov 20, 2011
« J’ connais bien l’autoprod, les ficelles, le protocole, j’suis mon propre patron, la secrétaire, j’fais même les photocop’s. Sans intermédiaires, j’suis mon propre promoteur, direct du producteur au consommateur. J’ai passé l’âge pour aller chialer chez Pascal Nègre.»(1) Ces quelques rimes de Dabaaz font aujourd’hui échos à l’un des phénomènes majeurs à l’œuvre dans le monde du rap et de la musique. Le retour à l’autoproduction entamé il y a quelques années par des pionniers tels que le MC de Triptik représente un mouvement de fond bénéfique à toute une culture.
En 1989 sortait le premier album de De La Soul, 3 Feet High And Rising(2). Bijou de bricolage avec le génial Prince Paul aux productions, ce titre allait définitivement ancrer le rap dans une ère nouvelle, celle du Do It Yourself, de l’autoproduction et d’une énergie retrouvée qui s’apparente aux côtés festifs et déconneurs du genre. Puisant allégrement dans un répertoire qui va de la pop la plus kitch au jazz le plus soyeux, tout passe sous la moulinette du trio New Yorkais pour devenir l’un des piliers du rap bricoler chez soi, sans studio et avec un matériel de base accessible au plus grand nombre. L’enjeu de cet album se situe bien évidemment dans la liberté créative dont a pu jouir le groupe pour sa composition et de l’absence de contraintes liées à la location d’un studio d’enregistrement. Le rap revenait alors vers ses origines des blocks parties du Bronx avec force et fracas.
Si cet état d’esprit a perduré durant quelques années pour nous offrir quelques uns des plus grands titres du rap, force est de constaté qu’avec la montée en puissance du genre à la fin des années 90 et les intérêts financiers forts qui se dégageais pour les maisons de disques, ce genre d’album allaient petit à petit disparaitre pour laisser place à des productions plus recherchées mais aussi plus formatées. Une grande partie de l’essoufflement constaté durant les années 2000 pour le rap venait sans doute de cet état de fait même si certains s’en accommodaient à merveille pour nous offrir encore de quoi se briser des cervicales sur du gros son.
Mais l’apparition d’une nouvelle génération de rappeurs allait bientôt remettre l’autoprod aux goûts du jour. Ainsi en 2007, comme le révèle le magazine Manière de voir(3), LIM, jeune rappeur de Boulogne allait provoquer l’effroi chez Universal Music. Son second album, Déliquant(4), se classait au sommet des ventes de disque, devant Christophe Maé, Vanessa Paradis ou encore Manu Chao. Et chez la major, personne n’en avait entendu parler. Enregistré dans la cave de sa tour, ce disque allait remettre le rap indépendant sur le devant de la scène. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour au marché de Clignancourt à Paris, pour trouver plus de disque de rap que dans l’ensemble des Fnac de France. Et ces nouveaux rappeurs trouvent dans l’utilisation d’internet un vecteur privilégié pour se passer des majors de l’industrie du disque. Le meilleur exemple actuellement de ce changement de perspective prend alors les traits du groupe 1995 (dont nous vous recommandions chaudement le concert de ce mois à Neuchâtel). Alors que les principaux acteurs de l’industrie musicales se livrent à une courre éhontée pour séduire et signer le groupe, celui-ci n’y accorde pour le moment pas le moindre intérêt. Alors qu’ils viennent de remplir le Bataclan (800 places environ) avec une promotion assurée uniquement via les réseaux sociaux, les membres de 1995 doivent s’interroger sur les plus que leur apporterait un contrat chez Universal ou BMG. Ils sont en effet classés parmi les meilleures ventes sur Itunes depuis la sortie de leur maxi(5) et jouissent d’une couverture média importante, sans passer sur les radios ou sur MTV. Leurs clips circulent sur YouTube et le buzz est au rendez-vous.

Cette nouvelle donne, dans une industrie du disque aux abois n’est pas sans conséquence. Le rap retrouve une certaine cohérence, une vitalité qui lui faisait défaut il y a peu encore. Et s’affranchit des standards dans lesquels ont voulu les plonger les majors. Alors si l’on ne doute pas que la force de frappe commerciale de Sony ou de BMG, permettrait sans doute un développement encore plus spectaculaire à ces groupes, ceux-ci ont finalement plus à perdre à se fourvoyer avec eux. A moins qu’ils n’arrivent à faire comprendre à ces maisons que leur avenir est dans la liberté créative et sur des morceaux non-formatés aux standards de radios ou des télés. En un mot à garder le plein contrôle artistique sur leurs créations. Et c’est bien là tout l’enjeu des négociations en cours entre 1995 et les maisons de disques.
Pablo.
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1. Dabaaz – Le Da – Moi, ma gueule et ma propre personne – 2007 – Disque Primeur.
2. De La Soul – 3 Feet High and Rising – 1989 – Tommy Boy Records.
3. Manière de voir – # 111 – 2010 – Le Monde diplomatique.
4. LIM – Délinquant – 2007 – Tous Illicites.
5. 1995 – La Source – 2011 – Undoubleneufcinq.







